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Pipe ou cigare?

« Celui qui ne jure que par la pipe et celui qui ne jure que par le cigare demeurent étrangers » (Joachim A.Franck)[i]

Fumer la pipe ou le cigare?
Voilà le genre de questions
Qui surgissant sans crier gare,
Provoque schisme et divisions.
Les vieux partisans du cigare
Soulignent la préparation,
La minutie, les gestes rares,
Préalables à l’ignition.

Il faut, disent ces purs esthètes,
Couper soigneusement l’embout,
Puis chauffer lentement la tête,
Sans quoi l’on gâte tout le goût.
A quoi l’adepte de la pipe
Répond que bourrer son fourneau
Réclame aussi quelques principes
Qui ne sont point pour les jeunots.

De plus, entretenir la braise
Réclame un soin des plus constants,
Ce qui met d’emblée mal à l’aise
Ceux qui fument en discutant.
Aussi les fumeurs de bouffarde,
Gens taciturnes et railleurs,
Prient-ils ceux de la gent bavarde
De fumer leur vitole ailleurs.

Sur quoi les fumeurs de havane
S’empressent de faire valoir
A ces benêts et à ces ânes
Le rôle social du fumoir :
« Fumer tout seul un brûle-gueule
Est égoïste et asocial :
C’est le vice des âmes veules
Qui veulent lire leur journal.

– Oui, mais votre barreau de chaise
N’est plus, une fois consumé.
Tandis que la pipe, à notre aise,
Peut derechef être fumée ! »
Tels sont les points de controverse
Entre les deux clans et partis.
Ils ratiocinent, tergiversent,
L’un prouve et l’autre répartit.

C’est à Einstein que se réfèrent
Les amateurs de la Dunhill,
Tandis que les autres préfèrent
Le style de Winston Churchill.
L’un, fort de ses raisons, exulte ;
L’autre réfute l’argument…
Si bien qu’à la fin ils s’insultent
D’un ton salace, et vertement.

Pour en finir, ces bouches fines
Pourraient bien en venir aux mains,
Et leur guerre picrocholine
S’éterniser jusqu’à demain.
Le mieux, pour conclure la paix,
Serait de fumer en équipe
Un bon calumet de la paix…

Mais comme on sait, c’est une pipe.

Jaufré Cantolys


[i] Joachim A.Franck, Le livre du fumeur de pipe, Robert Laffont 1971, p.193

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Partie de chasse

Partie de chasse

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À la gare nous arrivâmes,
Par malheur ! quand tout était pris.
Mais, voulant partir à tout prix.
Nous dûmes monter chez les dames,
— Non sans exciter des rumeurs —
Avec nos chiennes épagneules.
Dans le wagon des dames seules
Nous étions quarante fumeurs.

Certes, à notre accoutumée —
Car on sait vivre, Dieu merci !
Nous voulions d’abord savoir si
Les incommodait la fumée !
« Oui, messieurs » — non sans quelque humeur,
Nous répondirent ces bégueules.
Dans le wagon des dames seules
Nous étions quarante fumeurs.

« Ah ! vraiment, ça n’est pas de chance !
Alors, vous allez bien souffrir.
Ne pas fumer ! Plutôt mourir ! »
Fîmes-nous. — Allons, on commence…
Et, sans écouter leurs clameurs,
Nous sortîmes nos brûle-gueules.
Dans le wagon des dames seules
Nous étions quarante fumeurs.

Bientôt, une fumée atroce
Envahit le compartiment.
Les pauvres ! bien certainement,
Ne devaient pas être à la noce,

Tandis l’une disait : Je meurs !
Une autre tapait sur nos gueules…
Dans le wagon des dames seules
Nous étions quarante fumeurs.

Qu’arriva-t-il de ces sorcières ?
Eh bien, mais… d’un commun accord,
On les jeta par-dessus bord,
C’est-à-dire par les portières,
Du geste auguste des semeurs
Elles churent dans les éteules…
Dans le wagon des dames seules
Nous étions quarante fumeurs.

(adapté de Raoul Ponchon, in La Muse au Cabaret)

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