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Chanson (R.Ponchon)

Le joli vin de mon ami
N’est pas un gaillard endormi
A peine sorti de la treille
Sans se soucier de vieillir
Il ne demande qu’à jaillir
De la bouteille.

Le coeur aussi de mon ami
Ne se donne pas à demi
Il n’est jamais d’humeur chagrine
Toujours prompt à vous accueillir
Il ne demande qu’à jaillir
De sa poitrine.

A peine vous êtes chez lui
Que son regard vous réjouit.
Il descend bien vite à la cave,
Et vous en rapporte un flacon
De son petit vin rubicond.
Ah le vieux brave!

Mais où son geste est éloquent
Et religieux, c’est bien quand
Il saisit son verre pour boire.
Il me semble alors que je vois
Rutiler, au bout de ses doigts,
Le Saint-Ciboire!

Puis à mesure que le vin
Descend dans ce profond ravin
Qui est son gosier grandiose
Sa bonne figure apparaît
Resplendissante, on la croirait
En métal rose.

Son âme dans ses yeux fleurit
Il s’abandonne et s’attendrit
Sur le sort du commun des hommes
Qui n’ont pas de ce vin subtil
Et positif: « Pauvres – dit-il –
Gueux que nous sommes! »

Après boire, cet être en or
Devient plus magnifique encor.
Car telle est du vin l’efficace
Qu’il rend meilleur les braves gens
Cependant que les coeurs méchants
Il coriace.

C’est merveille que de l’ouïr.
Les mots viennent s’épanouir
Sur sa bouche sacerdotale
En aphorismes prompts et courts.
Jamais en de trop longs discours
Il ne s’étale.

Son verbe est sagace et prudent,
Il parle comme un président,
Et dit des choses éternelles,
Que je m’abstiens de répéter,
Pour ne pas  les beautés gâter
Qui sont en elles.

Que le Seigneur, le Seigneur Dieu
Avant qu’en son Paradis bleu
Il ne rappelle à lui ce sage,
Pour trinquer avec ses élus,
Nous le garde cent ans et plus
– Et davantage.

Raoul Ponchon
(in La Muse au Cabaret – Coll. Les Cahiers rouges, Grasset)

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Partie de chasse

Partie de chasse

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À la gare nous arrivâmes,
Par malheur ! quand tout était pris.
Mais, voulant partir à tout prix.
Nous dûmes monter chez les dames,
— Non sans exciter des rumeurs —
Avec nos chiennes épagneules.
Dans le wagon des dames seules
Nous étions quarante fumeurs.

Certes, à notre accoutumée —
Car on sait vivre, Dieu merci !
Nous voulions d’abord savoir si
Les incommodait la fumée !
« Oui, messieurs » — non sans quelque humeur,
Nous répondirent ces bégueules.
Dans le wagon des dames seules
Nous étions quarante fumeurs.

« Ah ! vraiment, ça n’est pas de chance !
Alors, vous allez bien souffrir.
Ne pas fumer ! Plutôt mourir ! »
Fîmes-nous. — Allons, on commence…
Et, sans écouter leurs clameurs,
Nous sortîmes nos brûle-gueules.
Dans le wagon des dames seules
Nous étions quarante fumeurs.

Bientôt, une fumée atroce
Envahit le compartiment.
Les pauvres ! bien certainement,
Ne devaient pas être à la noce,

Tandis l’une disait : Je meurs !
Une autre tapait sur nos gueules…
Dans le wagon des dames seules
Nous étions quarante fumeurs.

Qu’arriva-t-il de ces sorcières ?
Eh bien, mais… d’un commun accord,
On les jeta par-dessus bord,
C’est-à-dire par les portières,
Du geste auguste des semeurs
Elles churent dans les éteules…
Dans le wagon des dames seules
Nous étions quarante fumeurs.

(adapté de Raoul Ponchon, in La Muse au Cabaret)

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